Se (faire) publier

Se faire publier.

Aujourd’hui tout le monde veut écrire et l’on voit de telles choses débarquer chez les éditeurs ! Parfois des rédactions d’écoliers, des bouillies innommables, des cahiers indéchiffrables, des chroniques de blogs transformées en chapitres décousus, des recueils de poèmes d’un niveau de redoublant de CM2. Tout le monde écrit, tout le monde croit savoir écrire !
Seront publiés les manuscrits qui sonnent à la bonne porte, qui profitent d’un bon piston, d’un bon marketing et d’un pré-emballage permettant d’envisager une carrière dans la grande distribution. Surtout s’ils correspondent au format feel good qui fait fureur et réjouiront les lectrices de magazines féminins.

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Un jour ou l’autre, les plus mauvais manuscrits finissent par faire les beaux jours des éditions à compte d’auteur. Cela rapporte la naïveté et le narcissisme pour ces vautours. Il suffit de payer et vous l’aurez votre livre numérique, peut-être même sur papier si vous mettez le prix ! Crise de l’existentialisme ? Chacun veut son livre, son bébé littéraire, son second moi. On le chérira le soir sous la couette, on le mettra en vue sur la commode pour les amis et les voisins. On se fabriquera des cartes de visite mentionnant « auteur ». On fera encadrer l’article de presse du Journal de Cucutery-sur-Bleuse ayant consacré dix lignes à vanter la dédicace du livre de l’année qui a enflammé trois lecteurs venus exprès pour l’occasion à la librairie de Cucutery-sur-Bleuse.

– Que faites-vous dans la vie ?
– Je suis écrivain.
– Pour quelles maisons d’éditions ?
– Pour Edilivre et Amazon.
– Et ça marche ?
– Oui terrible j’en ai vendu 43 exemplaires dès la première année !

DjH_ygYXoAAZm58.jpgC’est souvent l’impatience qui pousse quelqu’un vers l’auto-édition. L’envie de voir son nom imprimé sur la tranche d’un livre. S’il savait la vitesse d’une telle accoutumance ! Un écrivain digne de ce nom arrive toujours avec le temps à faire son chemin dans la vraie édition, celle où vous êtes payé et vendu à plus de mille exemplaires sans vous en occuper.

Je m’voyais déjà en haut de l’affiche 
En dix fois plus gros que n’importe qui mon nom s’étalait 
Je m’voyais déjà adulé et riche 
Signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient 
J’étais le plus grand des grands fantaisistes 
Faisant un succès si fort que les gens m’acclamaient debout 
Je m’voyais déjà cherchant dans ma liste 
Celle qui le soir pourrait par faveur se pendre à mon cou. 

Quand c’est vous qui payez vous n’êtes pas un écrivain. Sauf peut-être si vous avez créé une maison parallèle pour dénoncer le système (tel Marc Edouard Nabe). Vous êtes juste quelqu’un qui veut se faire plaisir et qui croit en son talent. Comme dans la chanson d’Aznavour.

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19 commentaires

  1. Je serais plus nuancée que vous, des poètes comme Rimbaud et Verlaine ont été publiés de leur vivant exclusivement à compte d’auteur, et on ne peut pas dire qu’ils manquaient de talent. Les écritures vraiment nouvelles et originales ont souvent du mal à trouver leur place chez les éditeurs. Parallèlement, des livres très mauvais sont publiés uniquement parce qu’ils répondent à une mode ou que l’auteur a un profil vendeur.

    Aimé par 3 personnes

      1. Je ne crois pas que l’être humain ait beaucoup changé depuis le 19è siècle. Les éditeurs veulent toujours gagner de l’argent en prenant le moins de risque possible et les auteurs essayent toujours de préserver leur identité et leur originalité … Je suis sûre qu’il y a encore des écrivains de talent qui ne trouvent pas d’éditeur.

        Aimé par 3 personnes

    1. Non !!! un écrivain est quelqu’un qui écrit des livres ou des textes solides, avec style et talent, validés par des gens ayant une bonne connaissance de la littérature sans se préoccuper des modes et du marché. Neuf auteurs publiés sur dix ne sont pas des écrivains.

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  2. En 6 ans, j’ai écrit deux romans. Je les ai donnés à lire à un comité de lecture composé de deux auteurs, de deux éditeurs, de trois libraires et de quatre lecteurs lambdas.
    Pour chacun de ces romans, je n’ai reçu que des encouragements à continuer. Au final, lorsque chacun fut terminé, je fus relu et encouragé à chercher un éditeur digne de ce nom.
    Cependant, lorsque je lis les oeuvres de certains, je considère que je n’ai pas de talent et que je ne vaux pas tant que ça.
    C’est pour cette raison que, depuis quatre ans, mes deux manuscrits sont restés en l’état et n’ont jamais été présentés ou envoyés. Autant ne pas publier et paraître par la suite pour ridicule ou mauvais.

    Aimé par 1 personne

    1. Je connais ce sentiment, quand je lis Musset , Cioran ou Céline, ma prose ressemble à un étron parfumé à la fiente de pigeon. Les encouragements c’est mieux que la lettre de refus standard que reçoivent tous ceux qui finissent chez Edilivre.

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