écrire pour soi ou pour les autres ?

L’écriture est avant tout un exutoire. Une thérapie pour vivre ce que l’on ne vit pas, pour dire ce que l’on ne dit pas. Dès que l’on est heureux c’est mort. On arrête d’écrire ou alors des trucs pour bisounours.

C’est parfois une question de survie, un besoin de clarté, de tout mettre noir sur blanc afin de le dépasser, de clore un chapitre de sa vie. La publication n’est pas nécessaire pour guérir. Néanmoins si notre valise de pathos touche plus de 1000 lecteurs, si vous touchez des droits d’auteur…. c’est carrément le jackpot ! C’est comme si vous alliez chez le psy et qu’à la fin de la séance il vous donne cinquante balles !

Sans parler que se faire publier apporte la reconnaissance, la valorisation, la séduction. Seul point noir cela vous empêche d’écrire. Ben oui, le premier livre est le meilleur mais il est trop rarement le seul. Certains écrivains l’ont compris et sont morts dès leur première publication. Par exemple « La Conjuration des imbéciles » fut écrit par John Kennedy Toole de façon posthume, prouvant ainsi sa grande lucidité.

victor-hugo.jpg!Portrait Vous n’avez plus rien à prouver, votre public vous aime pourquoi écrire autre chose ? Cela sera forcément moins bon et paf cela ne rate pas ! Un bon écrivain n’écrira que deux ou trois bons livres, excepté Victor Hugo. Les seuls bons livres sont ceux où l’on est dedans corps et âme. En général le premier, celui où l’on a mis les tripes sur la table.

Notre chère Amélie Nothomb écrit trois à quatre livres par an, certains pour elle, d’autres sont refusés par son éditeur. Elle n’en publie qu’un par an. « Hygiène de l’assassin » est son chef d’oeuvre, les autres livres furent moyens/bons mais moins à la hauteur. Elle a surfé sur les facilités. Ils font tous pareil. Elle le sait, elle était habitée quand à écrit ce livre, tant elle était le personnage principal. Elle savait que ce serait un succès.

Tous les vrais écrivains en ont davantage dans les tiroirs que sur les rayons. Ce sont les mauvais écrivains qui publient à chaque overdose de foutreries surabondantes.

Certains textes sont parfois trop intimes pour concernés grand monde. L’éditeur cherche un livre qui plaise à la masse. Il préfère un mauvais livre qui se vende plutôt qu’un bon qui ne se vende pas. Ecrire pour plaire à la masse c’est se prostituer. Dès que vous avez un nom même un recueil de blagues fera 15 000 ventes.

On écrit pour se réparer et si on voit que ce n’est pas si mal et que cela peut plaire on tente d’être publié mais cela ne sert à rien de toute façon. Ecrire c’est bon pour ceux qui vont mal, quand on va bien on n’écrit pas, on vit sa vie. Je ne connais aucun écrivain qui aille bien ou alors des menteurs. D’ailleurs aller bien ça veut dire quoi ?

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28 commentaires

  1. Contrairement à toi, je pense qu’on peut être heureux et écrire. Pas que de la guimauve. Parce que nous avons toujours des choses à comprendre, des secrets à déterrés, nous avons toujours à l’intérieur de nous des choses qui nous brassent, des démons à exorciser.
    Mais oui aller bien, ça ne veut pas dire grand chose…
    Quant à se prostituer pour plaire au plus grand nombre, quelle horreur! Autant arrêter d’écrire alors…ça ne voudrait plus rien dire.

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    1. Premier élément c’est ton droit de ne pas être d’accord mais argumente en indiquant des auteurs heureux dans leur vie et n’écrivant pas du feel good, je veux des noms ! Etre heureux avec des démons à exorciser me paraît incompatible mais tout dépend de sa conception du bonheur. Second élément, ça veut dire que l’on remplit son frigo sans trop faire d’efforts créatifs et en évitant d’aller pointer à l’usine, cela suffit au bonheur des auteurs peu ambitieux en terme de style.

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      1. Je ne connais pas assez la vie des auteurs pour argumenter ce point!
        Pour moi il y a le bonheur, qui est plus un état d’esprit qu’autre chose. Et ce qu’il y a en nous – nos zones d’ombres principalement.
        Après chacun est libre d’écrire ce qu’il veut – ça plait à certains. Pour ma part, dès que j’écris un truc un peu léger j’ai l’impression que c’est moche et sans intérêt.

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      2. Ce qu’il faut c’est de la folie !!! De la surprise, du décalage, du peps ! Peu importe ce que tu dis mais ne pas répéter les autres dans le fond ou la forme, trouver sa voie ! Moi quand je suis heureux j’écris de la la guimauve au susucre. Quand je ne suis pas heureux (cela ne veut pas dire malheureux) au sens sublime où je l’entends (= amoureux) là j’écris de façon intéressante. Si je suis amoureux j’écris des poèmes à l’eau de rose. Haribo c’est beau la vie !

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  2. Je lis souvent des premiers livres qui pour moi sont effectivement bien meilleurs que les suivants. 🙂
    Pour Amélie Nothomb, c’est effectivement le premier qui fut le meilleur, je partage cet avis aussi.
    Je pourrais écrire sur mon blog des histoires personnelles. Elles sont prévues. Et puis je laisse tomber, car mon passé depuis ma naissance, mon adolescence, mon premier mariage, mes enfants, qu’une succession de grands événements si tristes, si perturbants pour les autres, même si j’ai pu rebondir. 🙂
    Ceci pour le vécu. L’invention, cela me convient aussi, comme l’aventure qui m’est arrivée ce matin et que je devrais mettre en musique de manière quelque peu amusante. Je l’ai vécue ainsi de toute manière.
    Bonne journée à toi et merci pour tes gentils passages.

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  3. Intéressant ! Je suis toujours (presque) dans le drame, dans les sentiments exaltés ou la passion quand j’écris. On m’en a d’ailleurs fait le reproche sur mon dernier article partagé sur FB : « il semblerait , que vous vous complaisez dans la narration d’épisodes douloureux ou , mortifères de votre vie. est-il utile d’en faire étalage ? »
    Parce que oui, quand tout va bien autant être dans la Vie !

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  4. Bonjour Bruno
    Je suis tout à fait d’accord avec ton propos. Je te reprends : « Quand tout va bien on ne perd pas son temps à l’écrire, on a plutôt envie de faire des bonds que de s’asseoir sur une chaise ! ». Je me demande toutefois ce que tu entends par «Quand tout va bien ». En effet dans cet univers de désespoir morne, où les ours blancs, les baleines et les mignons pandas crèvent du réchauffement climatique et de l’hégémonie de l’Homme, le « tout va bien » reste pour moi une notion plus que jamais discutable. J’ai plutôt le sentiment que tout va mal – sauf mon foie depuis que j’ai arrêté de boire. Je n’arrête pas d’écrire en ce moment 😉

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  5. Je ne suis pas très fanatique d' »Hygiène de l’assassin » et à mon sens « Stupeur et tremblements » est bien plus intéressant …
    Je pense que l’essentiel pour bien écrire c’est d’être lucide … et c’est vrai que le bonheur ne favorise pas la lucidité mais je crois que trop de malheur n’aide pas non plus …

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  6. Je pense aussi, comme d’autres, qu’écrire est une catharsis ou nous aide à réfléchir sur les sujets qui nous interpellent, réfléchir en mots clairs, avec une histoire-exemple qui démontre que… Maintenant, en ce qui me concerne, j’ai plutôt un caractère heureux, et eu une vie pas facile mais que je trouve intéressante, comme si on m’avait mise dans un train en me disant « regarde bien le paysage »… Mon premier livre était écrit « pour moi », sans aucune intention de publier. Et puis une fois écrit, je me suis dit « pourquoi pas, s’il intéresse quelqu’un? ». Depuis je continue et, tout simplement, écrire me fait plaisir. Je ne cherche pas une grosse reconnaissance (et ne l’obtiendrais peut-être pas 😀 ), mais ça me fait plaisir que d’autres aiment suivre ma pensée dans mes bouquins. C’est suffisant…

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