Chapitre 1

Mon état d’âme du vendredi : pareil à lundi, mardi, mercredi, jeudi, pas envie de bosser ! Quelle excuse bidon vais-je trouver pour prévenir cet enfoiré de Nepel qui m’attend à chaque virage dès que je quitte la ligne droite ? Moi qui ne rêve que de tangentes, d’appels de l’horizon… ce personnage fourbe et déloyal m’a dessiné un mur de briques comme seul avenir. Cet énergumène asocial ne rêve que de quotas et de pourcentages !

Bernard Nepel est un fonctionnaire tyrannique typique. Il ne sait rien faire mais il le fait bien. Il est expert en surveillance du petit personnel et me payer une heure de trop lui donne de l’urticaire. Son service de recensement recrute parmi tous les ribouldingues, les tocards de la société, les marginaux, les peaux de zob, les rampants qui vaquent à terre. Un jour de cafard, d’humeur blette, ramolli par un début de décomposition, il était fatal que je pose ma candidature afin de cesser de contempler mon frigo aussi vide que mon compte bancaire après le paiement de la taxe d’habitation.

Je l’ai regretté quinze jours après quand la porte me claqua au nez environ un milliard de fois et que j’ai dû remplir les documents en parlementant à travers une cloison étanche qui épargnait au locataire mon flot de larmes. Épiant les sons, je tentais de mettre un nom et une année dans la bonne case mais il est connu que la tâche d’un recenseur n’est jamais facilitée par un chien qui aboie, un lave-linge qui tourne à plein régime, un gosse qui fait ses dents, un adolescent boutonneux qui écoute du rap, une grand-mère qui se pend au lustre en couinant après son dentier qui s’est fait la malle. Bernard Nepel n’en a cure de mes sinécures. Par tous les taons, il ne désire que de la belle ouvrage sinon ne vous demandez pas quelle mouche le pique !

Cette andouille notoire rêve de questionnaires immaculés, de feuilles de logements remplies de A à Z, de carnets de tournée bien tenus. Dans le boulot, son cauchemar ce sont les vacants et les agents distraits. Il m’a dans le nez mais comme il se parfume à la malveillance cela fait match nul. J’ai tellement de choses plus intéressantes à faire dans la vie que de discuter avec des inconnus pour leur soutirer leur lieu de naissance, leur parcours scolaire, leur dernier emploi, l’âge de leur brosse à dents ou de leur rejeton qui vient de choper la varicelle, tout ça pour quoi ? Pour savoir si on va construire une crèche, une école ou un hospice ! Voilà. L’état dépense nos sous à des conneries et ce qu’il donne d’une main il le reprend de l’autre.

Des siècles et des siècles que cela dure ainsi et tu veux quoi, cher journal intime de mes désamours ? Qu’allègrement je sautasse de joie à l’idée de faire du porte à porte par cette belle matinée ensoleillée ? Tu rigoles mon carnet foireux ! Ce n’est pas parce que je te barbouille matin et soir de mes états d’âme adolescents que tu dois me traiter tel un délinquant déliquescent. Le sort de l’humanité je m’en tape, au train où vont les choses c’est plutôt un immense cimetière qu’il faudra construire. Alors ce matin aux chiottes les corvées de chiottes !

J’ai un rhûbe, j’ai la crêbe, je suis à l’agonie en Patagonie, j’ai mon baobab qui pousse et si Bernard Nepel exige un certificat médical ou un visa je suis prêt à demander à Maître Marabout Mamadoudou Louloubangué de lui expédier par rat voyageur un colis piégé pour qu’il chope le scorbut !

La vertu ne conduit pas au bonheur. Rien ne conduit d’ailleurs au bonheur. Surtout le durable. C’est un leurre. Une bisounourserie. Dix heures. Je sors de mon appartement. Facile, il n’est pas grand. J’ai pris une veste avec capuche, j’ai une nature pessimiste. J’ai pris aussi des lunettes de soleil au cas où je croiserai des créanciers. Aux pieds : mes gros godillots, ceux que j’ai achetés à la dernière braderie en trois exemplaires. Parce que moi quand j’aime une paire de chaussures… je la prends en triple. J’ai une nature prévoyante. Heureusement que je ne prends pas tout en triple. Encore cette nuit les voisins ont fait du tintouin comme quinze ! Remarquez peut-être qu’ils avaient invité une équipe de rugby, ce matin j’avais la tête ovale. Mon sac à dos à l’épaule, je suis prêt. Je descends l’escalier et quand j’ouvre la porte d’en bas de l’immeuble la vie m’accueille. Je le sens. L’aventure est au coin de la rue !

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17 commentaires

  1. Bonjour, bravo pour la nouvelle idée! Je voulais juste partager une chose que j’ai remarquée, qu’il y a toujours un reste du style du « feuilleton » dans l’écriture ici, dans les deux derniers paragraphes de moins en moins. Bonne journée!

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  2. A choisir entre une tête en ballon de rugby ou bien une tête en tire-bouchon, je ne suis pas sûre d’être sûre de la réponse. va falloir faire un gros n’effort d’administration, bien remplir les cases de vide, et surtout, non surtout, ne pas prendre une grosse tête, sous couvert d’être obligé de changer de taille de chapeau.
    La vie est compliquée, et le chapeau adaptable encore à inventer.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à toi et moi je viens de faire un petit tour sur ton site mais c’est galère pour commenter il me demande plein de trucs car je n’ai pas de compte gougueule. Faut-y être patient ! Pas vu de bouton like ni de bouton abonnement, c’est quoi ce drôle de monde ?

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      1. C’est gougueule en effet…une épreuve de force pour les lecteurs qui viennent de WP…
        Seuls les preux chevaliers réussissent à passer la barrière redoutable de la captcha ! 😉
         •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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