Chapitre 2

Quelle rue ? À gauche ou à droite ? Je n’ai jamais su choisir. Je sais, ce n’est pas safe. Mon serein de psy me le serine. Je m’assois sur un de ces mobiliers urbains dont vous savez l’usage est de transiter ses fondements. Cela s’appelle comment déjà ce truc qui empêche les gens fatigués de s’allonger ? C’est quoi déjà le nom de ce récif suspensif ? J’ai un trou. Un banc ! C’est un banc ! Je m’assois sur un banc. Si la populace déclassée du haut prolétariat vers le bas veut s’y vautrer elle meurt aussitôt transpercée !

 – Ces pointes gentiment acérées c’est exprès pour que ces flemmards de facteurs ne se reposent pas dessus pendant leur tournée !  m’a signalé un jour Nazim en déchirant devant moi des factures.

Ce qui ne prouve pas forcément que ce type a un chez lui. Souvent je me suis demandé s’il vivait dans son deux-roues ce volatile. J’ai vu ce romanichel se laver dans une fontaine. Sa roulotte à deux roues lui sert de maison le jour et la nuit il doit trouver un pont accueillant pour l’abriter. Il passe ses journées à bricoler son vélocipède. Il a fixé une carriole à l’arrière. Elle est chargée d’un bric-à-brac invraisemblable qui doit peser une tonne. Parfois ce nomade multi-phobique en extrait un livre ou un jeu d’échecs, il s’assoit sur des marches, en général devant les grands hôtels, déplie l’échiquier et joue avec des désœuvrés dans mon genre qui n’ont rien d’autre à foutre que de pousser du bois. C’est comme cela que je l’ai rencontré.
Sur mon banc je n’ai pas résolu mon problème. La rue de gauche ou de droite ? Quand j’étais jeune, à peine trente piges, là j’en ai quarante, je savais choisir. Je choisissais même mes amis. Je me souviens d’une jeune nana qui m’avait accompagné dans le métro parisien à la sortie d’un cours d’auto-école. Elle prenait le couloir de droite moi celui de gauche. Elle aurait aimé que je la suive à droite. Elle était amoureuse de moi. Elle appréciait mon bon sens giratoire ou mes aptitudes à ne pas caler en pleine côte. Je n’en sais rien. Je ne l’ai pas suivie pour lui demander. Trop timide. Trop timoré. Je suis allé à gauche. Quand on est jeune on a le choix. On a le choix entre des errances individuelles et des errances collectives.

« – Avec les filles, tu ressembles à un poisson rouge qui rencontrerait une méduse dans son bocal », me dit souvent Nazim.

À vingt ans l’avenir se borne à l’absence de bornes. À quarante ans, tout se fige dans la mélasse, l’inutilité commune avant cela te faisait marrer là ça te flanque le bourdon au bout de cinq minutes. À quarante ans, tu commences à penser à tes droits retraite et si tu vas te faire incinérer ou enterrer. L’horizon s’est vachement rapproché. Tu ne sors pas dehors sans avoir regardé le temps qu’il fait et sans avoir fermé le gaz. Tu te lèves le matin à quatre pattes, tu te couches pas mieux. Entre les deux t’as envie de roupiller dès la fin du repas. « – C’est juste de la déprime saisonnière ! » me rassure Nazim qui prétend avoir des connaissances médicales tout ça parce qu’il a trouvé dans la benne un diplôme de secouriste. Il peut dire ce qu’il veut, il m’arrive de plus en plus souvent de broyer du noir.

– Un café ?
– Oui mais sans sucre.

Après que j’eus enfin choisi mon itinéraire, je tombe sur Nazim qui m’attend à la terrasse d’un bistrot en matant les filles. Sa seule activité physique. Il n’en ramasse aucune et la seule présence féminine qui l’attend parfois chez lui c’est sa PlayStation. Il doit bien posséder également quelques araignées au plafond. S’il couche un jour avec une fille, elle ferait bien d’abord de vérifier sous le lit. Je n’ai pas choisi Nazim. Le sort l’a mis sur ma route et on peut dire que l’on m’a jeté un drôle de sort. Un type même pas bon à coller un timbre. Il touche une pension à vie et glande toute la journée. Ce n’est pas mon pote mais lui pense qu’il est mon meilleur ami. Je crains qu’il ait raison.

Publicités

9 commentaires

  1. Eh bien, je ne sais pas si c’est toi qui m’a « zappée » ou si les méandres de la blogosphère qui m’a déconnectée, mais je ne recevais plus tes posts sur mon blog 🙂 Oui, je sais, je les reçois sur mon autre blog, mais quand on aime on ne compte pas. Voilà !

    Aimé par 1 personne

    1. Moi je suis abonné à tes deux blogs eh oui des fois c’est curieux ce qui se passe….. faut pas chercher… il m’arrive souvent de me retrouver dans les commentaires indésirables chez certains, pourquoi, mystère ! Ce qui me navre c’est le manque d’interactivité entre les différentes planètes, par ex chez blogspot.com tu dois remplir tes données et remplir à un captcha je te dis pas la motivation pour aller chez eux ! Bises – plein – bonne journée Zéa la Bulle ! 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. Oui, parfois il ne faut pas chercher. Les méandres informatiques et autres interactions techniques restent résolument mystérieuses.
        « Zéa la Bulle » ?! Tiens, c’est nouveau ça 🙂
        A bientôt Bruno et Biz de Dom Zéa

        J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s