Chapitre 4

– J’avoue, je n’aurais pas dit mieux.

Je déteste cette double phrase mais j’adore la sortir à tout bout de champ. Je donne l’impression unanime d’être hautain alors que mon taux de confiance est au plus bas. Une phrase de prétentieux si l’on se fie aux appas rances mais en réalité une grande fragilité chez un être hyper sensible. Je m’autodérise. En sortant cette ineptie sonore, j’exorcise mes métastases infatuées. Une catharsis pour éviter le sociodrame qui surviendrait si je disais à haute voix ce que j’ai dans la tête à cet handicapé de l’intelligence émotionnelle.

– T’avoues mais… t’as quoi à avouer du schnock ? T’es ouf ! Tu n’es pas devant un tribunal mon pote !
– J’ai des pensées qui pointent à Pole Emploi.
– T’avoue que tu t’as un trouble dissociatif de l’identité ?

– Tu as raison, c’est toxique comme expression.
– Hé ! Mate ! Avoue que le procureur est du genre sexy, t’as vu les enjoliveurs ?
– Éveline Dubreuil, 27 rue de Lagny, troisième gauche. Je me la suis faite. Les cafards sont ses potes. Les souris aussi. Elle héberge un élevage. Syndrome de Diogène au degré le plus haut. Chez elle c’est un dépotoir, elle dort entre deux sacs poubelles. Cela pue comme dans une décharge. Je l’ai recensée il y a deux jours. Elle a épousé son dealer. Je te déconseille.
– Filou comme tu es, tu dois avoir une liste de bons coups ! Tu me files ton carnet d’adresses ?
– Non.

C’est un coup à perdre mon job. Je veux bien lui passer le carnet d’adresses de mes ex à la rigueur. Il tient sur une page. Une belle brochette de sociopathes. Nazim serait dans son élément. En tête du peloton frappadingue : Karine. Une barjottte qui s’aimait à la folie. Par respect pour son corps qu’elle idolâtrait, elle pratiquait l’orthorexie. Quand les gens normaux choisissent de se détruire via l’anorexie ou la boulimie, cette déjantée faisait une fixette sur la nourriture saine. Elle ne pouvait ingérer que des carottes crues mangées à même le sol. Déracinée la carotte est un mort-vivant, un zombie végétal qui perd toutes ses vitamines. Karine prenait donc ses repas à quatre pattes dans le potager. Pas question que j’en profite car ses orifices génitaux refusaient toute pénétration d’un corps spongieux étranger. Tout en m’obligeant à l’abstinence, Karine me demandait trente fois par jour si je la trouvais belle.

 – Tu te rends compte du privilège de sortir avec moi ? Tu dois être rudement fier n’est-ce pas ? N’hésite pas à me le répéter aussi souvent que cela te plaira !

La dernière histoire remonte à deux ans. Après avoir subi Karine n’importe quelle créature semblait délectable… pourtant Sainte Caroline réussissait l’exploit d’anéantir la moindre de mes pulsions romantico-amoureuses dans un charnier quotidien. Caroline était pathologiquement jalouse ce qui est assez logique pour une borderline habituée par ses parents bipolaires au fracas des émotions sanguines. Si je m’isolais pour me moucher Caroline me suivait comme un petit chien craignant que je ne m’échappe via la chasse d’eau et que je l’abandonne sans la prévenir. Quand vous avez rencontré ce genre de cassos vous n’êtes plus trop pressé de vous laisser mettre le grappin dessus.

– Luke je t’ai vu regarder avec des yeux de fou la machine à laver, tu me trompes avec elle, c’est ça ?

Caroline était réflexologue. Sa compétence dans ce domaine était très professionnelle. À force de voir des assiettes, des bibelots et des cendriers voler dans son appartement, j’ai acquis d’excellents réflexes. Un second point positif au crédit de sa personnalité : Caroline m’a fait comprendre un élément important des relations conjugales qui jusque là m’avait échappé : 100 % des couples qui se séparent le font à cause de l’impossibilité de continuer à vivre ensemble.

– Quand tu dis non, c’est non ou c’est oui ?
– A ton avis ?

Les psychopathes ne sont vraiment pas des gens comme nous. Le genre de questions qui attirent autant les dyssynchronies que lorsque vous essayez de marcher sur votre ombre. Nazim n’en est jamais avare et ce qu’il va me dire tout de suite après me laissera aussi pantois que l’autiste de Rodin.

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