Un personnage à éviter…

Voici un complément sur le feuilleton des Cartes Postales du Front actuellement en réécriture. Une nouvelle version plus lisible que l’ancienne. Je décris davantage l’époque où les conflits sociaux ne sont pas sans rappeler ceux qui nous préoccupe dans un Paris délétère. Certains personnages sont approfondis (père et oncle) ainsi que ce triste sire, l’ex-compagnon de Clara qui des années après la harcèle de façon psychopathique. Je me suis régalé à écrire cette lettre d’un démon qu’elle envoie à Nathan pour montrer sa détresse et réclamer son soutien.

Clara,

Mon petit oiseau échappé de sa cage, je t’aime, toi aussi tu m’aimes, c’est un destin inévitable. Tu es à moi et tu l’as toujours été. Clara, je n’arrive pas à retrouver certaines affaires et je suis convaincu qu’elles sont chez toi, que tu les gardes par-devers moi comme souvenirs dans le désir inconscient que je vienne les chercher, ce que je ferais puisque tel est ton désir. Outre des choses sans importance, il me manque un de ces petits cochons en porcelaine dont je fais la collection. J’y tiens de toutes mes forces et je t’ordonne de me le rendre. Son absence est cruelle. J’ai passé une annonce dans le journal, on m’a répondu et demain je me rends à Lyon pour augmenter mon musée d’objets précieux. Une boutique d’antiquités possède vingt-huit cochons de petite taille dans de jolies matières et je vais acquérir la totalité pour compléter ma collection qui se porte à quatre cent deux pièces.

Mes petits cochons me comblent, des amis qui me rappellent les doux moments heureux que nous avons connus. J’aime leur parler et leur confier mes secrets. Rends-moi celui que tu as gardé. Mes porcs en poterie peinte, en céramique, en faïence, en albâtre, en plâtre, en verre, en fonte, en régule ou en bronze sont si importants pour moi. Ils sont ma vie. Tu m’en avais offert un pour mon anniversaire et je le regarde tous les jours avec passion dès le réveil. Une de ses pattes se lève comme pour faire un signe et dire bonjour. Il porte une culotte et des fossettes aux joues c’est vraiment attendrissant. J’ai hâte que tu découvres mes nouvelles acquisitions et qu’ensemble nous allions chiner dès la belle saison pour leur faire de petits frères.

J’espère que tu t’es fâchée avec ton amie Sabine qui parle si mal de moi et qui est la pire des mauvaises conseillères. Éloigne-toi de toutes celles dont l’esprit est vil et qui prétendent du tort de moi sans chercher à me connaître. Elles sont aussi froides qu’une statue du tsar et me mettent en rage. Ce sont des gens médiocres indignes de toi car je suis le seul au monde à te comprendre. Même ton père dont j’ai l’affection n’a pas su lire les subtilités de ton cerveau dont je fus tant friand et qu’il me tarde de voir à l’œuvre et d’aimer passionnément comme je n’ai jamais cessé de t’aimer. Je suis conscient que tu partages toujours ce sentiment même si tu le caches par pudeur féminine ou pour me tenir de gré de légers maux que nous avons tous deux oubliés. Ce qui compte c’est le présent et le fait que je sois ton double, celui dont tu ne peux te passer et que tu réclames même quand tu le chasses.

Tu connais mon don pour fortifier les faibles et chasser les fourbes. Je te sens blessée, affligée, la faute à ces gens qui te mettent le cerveau à l’envers et te dénigrent derrière ton dos. J’adore ma beauté fatale quand tu te moques de moi en disant que « – Ma voix te fait peur » toi qui la trouvais si câline. Ne t’inquiètes pas je ne te gronderai pas. Dans ce siècle d’injustice tu ne peux avoir confiance qu’en moi et tu le sais. L’autre jour en te croisant tu m’as dit : « – Va t-en de mon chemin, écartes-toi sinon je hurle ! ». J’ai compris que tu étais pressée, que tu allais sans doute accomplir tes bonnes œuvres, que tu cherchais au contraire à me croiser, que tu rêvais de nos retrouvailles mais que l’heure n’était pas au marivaudage. J’ai trouvé cette délicatesse d’une grande pureté.

Je viendrais te visiter à Orgeval dans quelques jours pour saluer ton père, serrer ses mains ridées et tremblotantes, pour récupérer ce cochon dont je maudis l’absence car sans lui toute ma collection est orpheline. Sans cette pièce unique je suis comme un invalide qui monte un escalier avec une jambe de bois. Dans ta maison, je pourrais rester le temps qu’il te plaira et je viendrais avec assez d’affaires pour demeurer quelques jours selon ta convenance. Porte-toi bien en attendant ce jour qui te fait languir.

Signé Gaëtan de Montferreuil.

Publicités

13 commentaires

      1. une lecture qui doit être éprouvante et une écriture qui a dû te faire du bien par la suite, je connais ces types via les personnes qui s’y sont frottées, notamment mon ex-compagne à qui je dédie cette lettre car elle recevait des sms d’un ex harceleur qui ressemblaient pas mal à cela !

        Aimé par 1 personne

      2. C’est une triste réalité…
        C’est très justement dépeint donc on imagine que tu connais un peu le sujet.

        L’écriture m’a en effet libérée. Je pense que la lecture est éprouvante, encore plus pour les personnes qui me connaissent et qui ont subi les dommages collatéraux!

        J'aime

      3. En général la victime est isolée car le PN convainc tout le monde qu’il est lui-même la victime et coupe les liens, c’est bien si tu as eu des gens pour t’aider et ne pas le croire ! J’aimerais à la fois lire ton livre parce que j’ai été confronté indirectement mais en même temps j’évite les lectures qui traduisent une souffrance par crainte de m’approprier le fardeau.

        Aimé par 1 personne

      4. J’étais loin des miens, donc isolée. Et j’ai cessé tout contact avec mes parents pendant 1 an!
        C’est ma grossesse qui m’a ouvert les yeux. Ca a été ma chance. Sinon aujourd’hui je serai mère de 4 enfants (ou plus), enfermée dans un village en Egypte, sans espoir de sortie!!!

        Aimé par 1 personne

  1. Je ne sais pas. Je suis plutôt du genre à bien faire comprendre (sans mégoter sur le vocabulaire qui peut devenir vraiment trash si vraiment lui pas comprendre) à tout mâle insistant, fut-il PN, qu’il peut passer sa route sans problème. Et pas du tout le genre à rêver au travers d’une relation épistolaire 🙂
    Une phrase (qui n’est pas de moi) me fait toujours sourire et me ressemble : « Je n’aime pas les Tu me manques. Moi je veux des Chuis devant chez toi, vite, descend ! »
    La bise, Bruno. Et merci pour tes textes, feuilletons ou pas, toujours digne d’intérêt.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s