Les chants désespérés

Alfred de Musset a écrit les deux plus beaux vers de la poésie française : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. » Ils énoncent la thèse romantique de la souffrance comme moteur de la création. Lorsque vous photographiez un ciel bleu sans nuages, l’image sera plate et sans grand intérêt. Prenez un ciel d’orage, même en noir et blanc le ciel se couvrira de mille reliefs de mille fêlures ! La tristesse, la souffrance, la mélancolie, la colère offrent une sainte blessure dont le sang alimente la création infinie tandis que le bonheur n’offre qu’une seule couleur et peu de saveur. Cela ne signifie pas que le malheur est séduisant mais qu’il favorise l’exercice de l’imagination cher aux poètes pathétiques. La créativité s’appuie plus les drames que sur les réussites car le bonheur durable est vite synonyme d’ennui. Que dire quand tout va bien ? Le vocabulaire est pauvre pour exprimer ce qui devient vite une habitude. Le malheur a bien des inconvénients mais on ne peut pas dire qu’il entraîne la routine. 

 

« Le Voyageur contemplant une mer de nuages » – Huile sur toile (1818) Caspar David Friedrich.

Publicités

9 commentaires

  1. On en revient au malheur! Les poètes en usent et en abusent. C’est vrai qu’il est sans fin.
    Le bonheur aussi pourtant, il n’a pas le même gout chaque jour. Peut-être qu’il y a quelque chose à creuser…écrire le bonheur sans tomber dans le « feel good »…

    Aimé par 1 personne

    1. L’expérience montre que c’est toujours le négatif qui l’emporte en poésie et en musique, un Gainsbourg n’a fait que cela et un chanteur comme Julien Clerc a alterné le gai et le triste dans ses thèmes mais ses plus grandes chansons sont sur fond de tragédie. C’est un fait, il n’y a rien à dire. En règle générale, la souffrance est inspiratrice plus que la consommation du bonheur, l’amour n’est beau en vers que lorsqu’il n’est pas acquis. Ni toi ni moi ni personne ne pourront prétendre le contraire même si des possibilités demeurent.

      Aimé par 1 personne

  2. Sans doute que le bonheur se vit « à fond » et prend beaucoup de place quand il est là, mais dès qu’il s’en va, tout s’évanouit. La douleur, en revanche, laisse une empreinte plus profonde, qu’il est difficile d’éradiquer et qui se réactive bien trop facilement au hasard des réminiscences similaires. Du coup, c’est une veine poétique qui parle à tous et que nous soignons peut-être sans le savoir en nous y confrontant au travers des expressions artistiques.
    Bien le bonjour, Bruno, et excellente journée à toi !

    Aimé par 1 personne

      1. Eh bien ne te décourage pas, parce que je trouve ça bien. Tu sais, j’avais commencé, il y a un an, un récit genre feuilleton sur mon blog (les Dom’Kronik), puis j’ai arrêté. Je me suis faite la réflexion que ce n’était peut-être pas le lieu, car les blogueurs semblent préférer les formats courts.
        Bref, j’ai moi-même peu de temps à consacrer à mes blogs ces dernières semaines. Et, de fait, je lis moins ceux des autres… Mais je te lis 🙂

        J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s