Chapitre 13

Les tribulations parisiennes de Luc Poirier, Luke pour les intimes, agent recenseur collectant à longueur de journée des questionnaires. Glandeur de quarante ans qui n’a pas envie de bosser car la vie sert à tout sauf à cela. Son vrai destin est d’être peintre abstrait si sa bonne étoile se bouge enfin les fesses. Sa vie est hélas bien réelle et il passe le concret de son temps à faire remplir des feuilles de logements chez des gens plus bizarres les uns que les autres.
Son « meilleur ami » est Nazim, dragueur lourdingue, qui accumule les râteaux avec une joie schizophrène mais qui cache au fond de lui une grande sensibilité, bien au fond. Bernard Nepel est le chef de service tyrannique de Luc que l’on désigne immédiatement comme suspect lorsque est assassiné le sympathique Raoul Billebois ancien professeur des écoles que le chef du service de l’État Civil avait juré de tuer quand il avait dix ans. L’enquête ne va pas engendrer la mélancolie dans cet univers foldingue. Ce roman serait-il un roman policier sur fond burlesque et déjanté ? Je vous assure Monsieur l’inspecteur, je n’y suis pour rien dans cette histoire complètement folle !

Vous n’auriez pas un euro ou deux ? me taxe un pouilleux un clopinard clopin-clopant pour s’offrir un gueuleton gargantuesque ou les services d’un coach en développement personnel.

Où va l’argent ? Dans les paradis fiscaux, dans la fraude, dans les dépenses somptuaires, dans les voyages du chef de l’état, dans le luxe, dans les brunchs et les call-girls, dans les jets personnels, dans les frais de communication, dans les cumuls de mandats, dans les parachutes dorés, dans les pots de vin, dans les cocktails, dans le gaspillage grotesque. Mais surtout dans des troupes, dans les armes et les avions de tourisme qui bombardent le Mali parce que c’est bien connu les maliens vont demain nous envahir entre la porte de Charenton et celle d’Aubervilliers ! Faire régner la loi partout dans le monde ça coûte cher Monsieur le Président et ça ne rapporte pas gros à part des migrants et des attentats terroristes quand les pays ciblés pour leur richesse intérieure en ont marre d’en prendre plein la gueule pour pas un rond !

– Nous on touche le fond, eux ils touchent les fonds ! grommelle un cégétiste qui a oublié d’être con même s’il agite une pancarte.

Pendant que les ministres partent en vacances aux Antilles en faisant les poches des cloches qui broutent du béton et sucent des cailloux, les bande-à-l’aise les banquiers ne prêtent qu’aux bêtes à cornes. Au royaume des petits poulets gaulois, les bottes en caoutchouc dans le fumier, tout le monde trouve normal et très bien que le Palais de l’Élysée reçoive en grandes pompes et en tenue de gala des chefs d’états arabes ! Lesquels à qui mieux mieux (pour remercier de tant d’obligeance le représentant du peuple français) téléportent sur notre sol des terroristes qui viennent nous exploser la tronche dans les couloirs du métro ou sur les terrasses de café. Au royaume des petits poulets gaulois, la bidoche en brioche, tout le monde trouve normal et très bien d’élire un roi et quinze jours plus tard d’avoir envie de lui couper la tête !

Concitoyens, concitoyennes ! Pauvres, pauvresses ! Smicards, smicardes ! Dépressifs, dépressives ! Gueux, gueuses ! Fuyez le bonheur de peur qu’il ne se sauve ! Vive le Toxique ! Vive la Colique ! La Joie ne passera pas !

L’époque est épique. Après avoir planqué mes oripeaux dans la résidence sécurisée de Raoul Billebois, mon indic préféré m’a tuyauté sur les us et les coutumes de son habitat bourgeois. Untel remplira les documents pour untel, untel revient telle date, untel est chez sa fille, untel est en vacances, untel est mort, untel n’a que son bureau ici, untel loue à des étudiants, untel est alcoolique, untel sous-loue à des africains, untel est maniaco-dépressif, untel est en fait unetelle, untel est mis en examen. Grâce aux dévoués services de ma charnière centrale j’irai deux fois plus vite en besogne. J’adore les pivots. Quand j’en tiens un, le bonheur m’apostrophe.

J’ai accepté sa tasse de verveine mais je n’aime pas barboter dans les boissons de vieux. Je préfère les liquides gazeux même si le taux d’acidité de mes viscères supporte mal les bubulles et me donnent envie d’écrire à Bismarck. Mon hôte ne disposant pas de coca dans son frigo… cet handicap majeur nuit au contact qui se devient tiède polaire. Par dévouement pour la cause, j’accepte néanmoins une tasse fumante de camomille en la laissant sur le guéridon devenir aussi froide que Bernadette Guilbot, la voisine du troisième ! J’ai la gueule en coin de rue en avalant sa mixture. En journée de formation, on nous apprend à boire de la tisane en levant le petit doigt en l’air afin de nous adapter aux mœurs des indigènes.

J’en profite pour observer les tableaux hideux accrochés aux murs. Plusieurs scènes où des taureaux subissent les piques mordantes de danseurs d’opérettes endimanchés pour servir leur messes sanglantes. Lâchez-nous les basses quêtes, bourreaux inquisiteurs, nécrophages, espèce de clergé de la mort ! Musique des Enfers. L’imbroglio crisse sur la piste. Un bruit de freins sur sol mouillé. Raoul Billebois est un connard mélomane. Entre deux commérages recopiés sur un papier, il vient d’engager un disque sur sa platine et m’oblige à écoute cette dauberie en affirmant que pour lui être fan d’un musicien qui n’est pas mort depuis au moins un siècle est malsain.

Quand j’ai mal à la tête je mets un disque de Bach, l’effet est plus rapide qu’un doliprane !

Ah bon ? Moi quand je déprime je mets Marilyn Manson Nina Hagen, réponds-je en imaginant que la guillotine serait plus efficace qu’un doliprane pour ce genre de gros sabots nostalgiques des maisons closes. Au fil de la conversation, je comprends un peu mieux pourquoi ses élèves ne pouvaient pas le blairer.

Je ne connais pas cette chanteuse. C’est sans doute de la musique de nègre je suppose ?

Encore un cousin de Moïse qui doit branler du gendarme et sans payer les mois de nourrice fourre dans le même panier les chauffeuses de pieu, les marginaux, les homos, les noirs, les bolcheviques, les artistes, etc. Nous sommes faits pour ne pas nous entendre. Le notable amateur de corridas et de ventes aux enchères se croit encore sous l’Ancien Régime, du temps où les colonies françaises étaient cotées en Bourse, où le royaume des petits poulets gaulois menait des campagnes de salubrité publique dans une allégresse paranoïaque et une euphorie purificatrice, plongeant la future république dans une terreur dont les manants se souviennent encore.

Attention au locataire de l’appartement 12A, Maurice Palombe vit avec sa femme qui est décédée depuis douze ans. Il répondra à toutes vos questions et remplira également un bulletin pour sa femme. Ne le contredisez surtout pas ! Sa femme est devenu un esprit qui vit dans sa tête mais elle lui semble aussi réelle que vous et moi.

Encore un qui a une écrevisse dans le vol-au-vent. Je sens que je vais passer une bonne journée.

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7 commentaires

  1. Salut,  » – Nous on touche le fond, eux ils touchent les fonds ! grommelle un cégétiste qui a oublié d’être con même s’il agite une pancarte.  »
    C’est vrai qu’il y avait quelques crieurs bien inspirés !
    Sinon, chapitre XIII qui secoue, il faudrait que je reprenne ça du début !
    à bientôt.

    Aimé par 1 personne

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